galaxiesJe ne connaissais pas cette poétesse luxembourgeoise bilingue et de culture allemande et je la croyais plus jeune. Sa poésie est fraîche, musicale, pleine d'une profondeur parfois naïve, mais avec les heureuses images que j'attends d'une poésie exigeante.

Les poèmes mettent en rapport la perception intérieure et extérieure du monde, assortie d'une recherche existentielle. La métaphore filée de la révolution des astres et de la création accidentelle des corps célestes coexiste avec quelque chose de plus spirituel, la croyance en un éternel retour ou en la transmission au fil des siècles de ce qui nous a précédés. Le cycle de la naissance et de la mort est largement représenté et, bien entendu, la question de la langue, de la parole, heureusement moins ostensiblement que chez Bonnefoy, par exemple, est la thématique poétique contemporaine incontournable ; ici elle ne se prend pas pour objet pur mais s'observe dans ses modalités, s'affirme comme un moyen.

Il y a quelque chose des aphorismes ou des haïkus dans la forme. Cela laisse tout loisir à une lecture lente et morcelée, donc le danger est paradoxalement d'oublier les étoiles entrevues, faute d'une vision assez vaste du recueil.

Citations :

  • Regardant au fond
    des étangs
    nous sentons
    toute leur profondeur
    peser sur nous

 

  • A chaque naissance
    je récupère les langes
    de ma chemise de mort

 

  • Mes pensées se décomposent
    dans un espace fictif

    Ma parole givre
    dans ma bouche

    Une autre s'échappe
    sans adresse

    Lorsque les mots
    cachent leurs visages

    La nuit parfois
    sort du temps
    me révélant ses hiéroglyphes