Il-faut-une-revolution-politique-poetique-et-philosophiqueLe petit opuscule des éditions Zulma avec ses différences nuances de vert et le nom d'Aurélien Barrau, qui ne s'était pas encore distingué par son anti-greenwashing explosif à l'Université d'été du MEDEF, m'a attirée mais j'ai mis très longtemps à le finir : il est tellement dense qu'il m'est arrivé de le lire plusieurs fois, revenant même parfois en arrière, malgré la conscience d'avoir déjà lu ces pages, car il me pénétrait chaque fois de manière plus claire. Vers le début de l'entretien, d'ailleurs, Aurélien Barrau, qui fait face à une questionneuse avertie et pédagogue, ne se souciait pas toujours d'expliciter, d'illustrer ses sentences. Carole Guilbaud développe ses questions de manière à nous expliquer leur contexte, leur origine et parfois leur illustration et je l'ai plusieurs fois bénie !

Bien sûr qu'il n'y a rien de neuf en soi sur les questions abordées mais la vertu de cet opuscule, c'est d'une part de synthétiser la question comme je l'ai rarement vu faire, à part chez Mélenchon (qui se fait plus pédagogue pour les besoins de sa cause politique, ce qui n'est pas le souci de l'astrophysicien), d'autre part, d'avoir le courage de dire clairement ce qui nous attend dans les trois cas :

- la continuation du scénario en cours

- une réforme substantielle

- une révolution, celle qui appelle de ses voeux.

Il semble que "le scénario 3 présente, lui aussi, des risques considérables. D'une part parce que la révolution en elle-même pourrait être brutale (l'Histoire ne manque pas d'exemple), d'autre part parce que le nouveau monde pourrait être pire que l'ancien (ce n'est pas non plus un cas rare). Il nous laisserait néanmoins une chance. Le "nous" étant à définir : les humains, les mammifères, les vivants..."

Autres citations :

  • Les "petits gestes" et autres "initiatives individuelles" sont certainement bienvenus. Mais ce n'est plus la question de fond. Un problème systémique ne peut avoir de solution que systématique. Il faut une révolution politique, poétique et philosophique. Dans un jeu où nous sommes sûrs de perdre, il n'est pas utile de faire un bon coup, il faut changer les règles. Le reste relève du détail ou du cache-misère.
  • Je suis las de l'emploi quasi systématique de termes édulcorés pour désigner des drames majeurs tandis qu'une diabolisation immodérée de toute subversion se déploie parallèlement et subrepticement. Il serait important, par exemple, d'utiliser (quand il est approprié) le terme de "réfugiés" plutôt que de "migrants".  D'utiliser celui de "racisme systémique" plutôt que d'"inclusivité insuffisante". D'utiliser, en effet, celui de "catastrophe" plutôt que de "crise" pour référer à l'effondrement de la vie sur Terre.
  • Car, même si les cadres s'évertuent à nous le faire oublier, ce que nous avons élaboré est contingent. Tout pourrait être autre. Nous ne sommes pas obligés de faire ce que nous faisons. (...) Il nous semble parfois que tout cela ne peut être infléchi. Nous serions des Sisyphe condamnés à rouler sans fin la pierre du consumérisme. Ça n'a aucun sens : on ne pourrait pas mettre fin à l'hiver nucléaire résultant d'une guerre mondiale par une simple décision collective. Nous serions devant une factualité qui nous dépasse. Mais tout au contraire, revoir drastiquement notre organisation ne relève, si on hiérarchise les difficultés sérieusement, que d'un effort dérisoire.
  • Je pense sincèrement qu'il y a quelque chose de profondément débile - je n'ai pas de mot plus poli - à nommer croissance une éradication systématique de la vie sur Terre.
  • [à propos de la géo-ingéniérie] Musk et Bezos sont les exemples archétypaux de voyous nuisibles, cyniques et dangereux.
  • Il n'y a rien à dire sur ces propos [de Macron au sujet de la 5G et des Amish, de l'opposition entre Lumières et lampes à huile] : c'est juste triste. On voit ici l'immensité du chemin qui reste à parcourir et surtout l'absence de sérieux de ceux qui décident en notre nom. Plus que machiavéliques, nos prétendues élites sont incompétentes.
  • L'art a un rôle essentiel à jouer. Non pas au titre de divertissement ou de distraction - ce n'est pas son rôle. Nietzsche et Ionesco le mentionnaient déjà - mais en tant que machine de guerre totale contre l'univocité du sens. Il ne s'agit plus de commenter ou de comprendre le réel : il s'agit de produire du réel ! C'est beaucoup plus important.
  • Le mantra de la non-violence est fatigant. Chacun est contre la violence, ce n'est pas du tout la question. (...) Il est temps d'être un peu sérieux avec ces questions et de cesser de jouer les vierges effarouchées quand un mouvement écologiste empêche de consommer pendant deux heures dans un centre commercial alors même que ce qui y est vendu contribue activement à l'affaissement de la vie sur Terre.