Into-the-wildDocument sur l'expérience de Chris McCandless ; ce jeune homme du Sud des Etats-Unis, âgé de 23 ans décida de quitter sa famille et de partir, avec le moins de biens matériels et d'argent possible, à l'aventure dont le point culminant devait être une expérience de (sur)vie solitaire en Alaska, sur la piste Stampede. Sur cette piste ont été parsemés quelques autobus. Chris, qui avait décidé de prendre le pseudonyme d'Alex Supertramp (Super Routard), s'y installe et se lance dans une vie de chasse et de cueillette en avril 1992. En août 1992, il était retrouvé mort dans ce bus, pesant 38 kg, avec un mot suppliant tout randonneur d'entrer en contact avec lui...


Ce document est très sérieusement fait, d'une façon extrêmement impartiale. Jon Krakauer n'est pourtant pas neutre : il a fait lui-même une expérience extrême d'alpinisme en Alaska (qu'il raconte) et sait exactement si quelqu'un qui se met en danger est suicidaire ou pas, et la différence qu'il y a (ou pas) entre Chris et lui. Il citera d'autres expériences entre la fin du XIXème et Chris, similaires, et très intéressantes pour faire des parallélismes.

chris-mccandless_hunting_lancastria1Il ne cherche pas pour autant à exalter ou atténuer les failles de caractère et de préparation du jeune homme. Il a même tellement bien fait que j'ai passé les trois-quarts du récit à secouer la tête, excédée, approuvant de tout mon cœur les jugements sévères des habitants de l'Alaska : "Pourquoi donc ceux qui veulent "vivre à l'écart pendant quelques mois" oublient-ils la règle numéro un des scouts : se préparer ?", "Au cours des quinze dernières années, j'ai rencontré plusieurs types du genre de McCandless dans le pays. Toujours la même histoire : des jeunes gens énergiques et idéalistes qui se surestimaient et qui sous-estimaient le pays, et cela finissait mal. McCandless n'était pas un cas unique ; il y en a pas mal un peu partout dans l’État. Ils se ressemblent tellement qu'ils constituent presque un cliché collectif.". Le début du périple de McCandless, d'ailleurs, trahit un excès de cérébralité, un manque d'humilité devant la nature, des difficultés à accepter les conseils de personnes expérimentées et une prévoyance qui se borne aux difficultés qu'il a imaginées.

Le récit de la descente du Colorado jusqu'au Golfe du Mexique en kayak du jeune homme est à cet égard plus grotesque qu'admirable, et souffre de la même carence que l'expédition en Alaska, quelque chose d'impensable aux yeux de l'auteur de ce billet : pas de carte précise en 1/100.000ème, ni de boussole !

Mais le dernier quart du livre chamboule un peu cette façon de voir cet explorateur passionné et brouillon et le rend un peu plus sympathique. Je n'en dis pas plus pour ne pas déflorer l'intérêt du livre, mais je crois que je comprends un peu mieux la démarche, même si elle ne me donne toujours pas envie de l'imiter : ces errements eux-mêmes étaient voulus. Mais l'on ne peut pas parler de suicide pour autant...

Certains jeunes gens, des garçons bien souvent, ont besoin de ce genre d'épreuve initiatique avant de revenir au monde. Certains n'en reviennent pas. L'auteur donne également sa version de la cause de la mort de Chris, qui selon le légiste était uniquement la dénutrition, et c'est intéressant.