les-aimantsLe Narrateur tombe sous le charme d'Eva à l'Université ; une amitié qui évolue vers un attachement amoureux, sans fusion ni convention, se met en place, sous fond d'amour de la littérature. Petit à petit, Eva se renferme sur elle-même (soif d'absolu) tandis que le Narrateur (fasciné par l'absolutisme de son amie, mais en besoin de relativisme), au contraire papillonne, quelque chose de fatal planait sur le couple depuis quelques temps...


 J'ai oscillé entre l'ennui, car le style, certes limité en français, pour faire l'éloge d'une femme se montrait à la fois descriptif et extrêmement évasif quant à la teneur de leurs rapports et les causes précises de leur détachement et un réel intérêt. On finit quand même, faute de réellement tout comprendre, par imaginer ce qui n'est pas dit et cela devient vraiment prenant. J'aime beaucoup la synthèse des années que leur "couple" traverse faite par l'auteur, l'acuité de son regard m'a convaincue.

Citations :

  • C'étaient les années quatre-vingt, les "années-fric", comme on a décidé de s'en souvenir aujourd'hui. Un racheteur d'entreprises à tête de clébard, un président qui sentait le renard, une génération qui se prétendait "morale" pour mieux cacher sa vilenie. Les penseurs les plus pessimistes parlaient de confusion, de décadence, mais aujourd'hui cette époque m'apparaît presque douce, encore assez humaine. La névrose n'avait pas complètement gangrené les corps et les cerveaux. Dans sa confusion, justement, cette décennie laissait passer un peu du désordre, du romanesque, de la bonhomie des années soixante-dix. On pouvait encore se jouer de soi et des autres sans violence ni mépris.
  • D'une certaine façon, sa position ne manquait pas de sagesse face à l'époque. Au début des années quatre-vingt-dix, les progrès de la vanité et de la parodie - deux symptômes d'un désespoir général qui deviendrait au fil du temps de plus en plus agressif - commençaient à pourrir tout commerce humain. L'époque préfigurait la nôtre : un monde de damnés, paniqués, fous d'eux-mêmes, prêts à tout pour cannibaliser l'autre. Ava n'aimait pas la viande. Mais à ce régime-là, c'était dangereux.
    J'aurais dû lui dire que ce monde, il fallait en être, au minimum, mais en être, qu'il était risqué de toujours vivre entre les lignes, que les livres avaient été écrits en se frottant aux vulgaires, que là où le péché abondait la grâce surabondait, que la société était aussi une entreprise érotique, que la voir composer avec les autres hommes me la ferait désirer davantage, qu'une part de jeu, de fantasme était vitale, et surtout que j'avais besoin d'elle à mes côtés dans le monde, car je me sentais moi-même glisser sur une drôle de pente, dans le sens contraire.