grotteL'Auteur de la pièce, penaud, intervient : il n'a pas réussi à écrire la pièce, les personnages ne savent pas ce qu'ils vont jouer. Ils vont essayer de le faire quand même... Dans une "grande maison" de la Belle-Epoque, un crime a eu lieu : la cuisinière, ancienne maîtresse du Comte dont elle a eu un fils désormais séminariste, a été poignardée. L'Auteur intervient là encore, tente d'infléchir le cours de ce qui semble être une enquête policière... il montre ce qu'aurait pu être la pièce : un drame psychologique, une satire sociale... Après plusieurs tentatives ratées, les personnages se parent à l'entracte, des bribes se recousent, puis les personnages décident de ne plus jouer que ce qu'ils veulent dire, dire la vérité.


La Grotte, c'est la cuisine, les pièces d'"en bas", où vivent les domestiques, qui lorsqu'ils sont malades reçoivent un médecin qui est un peu vétérinaire. En haut, vivent les maîtres, dans les faux-semblants et le mensonge mais leurs domestiques les approuvent et ne veulent surtout pas d'interaction entre leurs mondes. De ce point de vue, la pièce me paraît un peu ambigüe : pourquoi prôner aussi lourdement que la valetaille est forcément contente de son asservissement ? Si Anouilh a voulu faire une satire sociale, ça n'est pas bien clair.

Anouilh revendique ses liens avec Six personnages en quête d'auteur de Pirandello et Shakespeare, qu'il nomme par la bouche de l'Auteur, et explore humblement cette voie de la "déconstruction". Au début de la pièce, j'ai eu un peu peur que ça ne soit qu'une tentative pour être "à la mode", mais force est de reconnaître que la pièce est très bien faite et que tous les éléments s'assemblent impeccablement à la fin... au contraire de ce qu'affirme ce personnage, le vrai auteur a bien fait son travail. A découvrir !