Eloge-de-la-faiblesseSocrate dialogue avec Alexandre, l'auteur lui-même, handicapé moteur cérébral et philosophe. Il évoque les acquis de l'expérience, l'éducation dans un centre spécialisé, puis son intégration parmi des condisciples sans handicap majeur, la façon dont il s'est battu pour être qui il était et la façon assez naturelle dont il a accepté sa "faiblesse".


Un livre absolument captivant, qui donne une très fausse impression de banalité, et un peu celle d'avoir été écrit au fil de la plume. J'ai immédiatement songé à tous les jeunes auxquels il faudrait le faire lire... Une vraie leçon de vie, de courage, d'humour, d'amour et aussi, un petit (très petit) coup de griffe aux travers des éducateurs qui viennent avec des motivations et une disponibilité vraiment douteuses... L'incompétence de certains, notamment de ceux qui font les tests de QI, pourrait avoir des répercussions très graves ! Il faut apprendre la modestie, garder une certaine réserve dans ses pronostics.

Citations :

  • Souvent, le soir, perdu dans mes pensées, j'enviais le sort des autres enfants : ils dormaient à la maison, partageaient d'agréables moments en famille. Quant à moi, je restais là, esseulé, sans sécurité. (...) [E]n face, Jérôme au regard profond, qui m'observait attentivement. Une fois, il me lança, de sa voix éteinte, dans un effort surhumain un : "Çaa bva?"
    La pensée que Jérôme, paralysé au fond de son lit, s'inquiétait de mes infimes soucis me bouleverse encore aujourd'hui. Il ne m'avait pas sermonné sur le courage, sur la nécessité de penser positif (...) mais par de simples mots : "Çaa bva?" il avait tout dit. Son soutien était total. On a de plus en plus tendance à exclure le différent, l'inutile, l'étranger, l'autre... Jérôme ne pouvait rien faire physiquement. Après avoir évalué ses possibilités, on le qualifiait volontiers de "non rentable". Pourtant, il m'a appris, mieux que quiconque, le dur "métier d'homme".
  • Je pense, au contraire, qu[e se sentir tributaire des autres est] une richesse, mais pour cela il faut dépasser les mortifications du départ. Mon incapacité à atteindre une parfaite autonomie me montre quotidiennement la grandeur de l'homme. Au coeur de ma faiblesse, je peux donc apprécier le cadeau de la présence de l'autre et à mon tour, j'essaie avec mes moyens de leur offrir mon humble et fragile présence.