reparer-les-vivantsCe roman raconte la tragédie de Simon, tout jeune homme amoureux de Juliette, sportif, vivant comme on peut l'être quand le corps exulte à vingt ans, fauché par un accident de voiture au retour d'une séance de surf. Il est maintenu vivant en état de mort cérébrale, en attendant le consentement de ses parents à un don d'organes... S'ils acceptent, une nouvelle aventure commence, en prise avec de nouvelles vies, celles des soignants et de ceux qui attendent un regain de vie.


 J'ai lu ce livre un peu forcée par le temps (il fallait l'envoyer à la gagnante de la loterie de Septembre qui l'avait mis sur sa liste-de-souhaits) et je n'étais pas vraiment prête (le serai-je jamais ?) à entendre parler d'un gamin de vingt ans tué en plein essor, dont le corps va être mis en pièces détachées. Je suis pour le don d'organes, mais il y a une vraie charge émotive là derrière qu'il serait inutile de nier. Le style, que je trouve beau, m'a parfois empêchée d'entrer dans le texte : peut-être pas assez de dialogues, le style indirect libre un peu fatiguant, de la poésie là où en attendrait moins... Il m'est arrivé de sauter des lignes, voire des paragraphes (quand l'auteur en fait d'assez nets) ce qui ne m'est pas arrivé depuis des années. Quelques petites touches de vie sonnent très vrai, par exemple : les consolations yeux fermés de ceux qui veulent, par politesse, humanité, sauver ton espoir jusqu'au bout, quelques détails de la vie du personnel soignant. Ce roman a le vrai mérite d'entrer dans des détails techniques de la greffe d'organes sans rester cantonné dans le pathos littéraire.

Citations :

  • [...S]ongeant [...] qu'elle a oublié de décommander ce dîner prévu d'ici deux heures chez sa fille et son gendre, elle n'aime pas aller chez eux, se le formule clairement à l'instant, je n'aime pas y aller, fait froid là-bas - ne saurait dire pourtant si ce sont les murs de l'appartement talochés d'une belle peinture blanche à la caséine qui la font frissonner, ou bien l'absence de cendrier et de balcon, de viande, de désordre, de tension, ou encore les tabourets maliens et la méridienne design, les soupes végétariennes servies dans des coupelles mauresques, les bougies parfumées, Foin coupé, Feu de bois, Menthe sauvage, la satiété stylée de ceux qui se couchent avec les poules sous des édredons de velours indien, la tendre atonie distillée partout dans leur royaume, ou peut-être est-ce ce couple qui l'effraye, ce couple qui avait avalé en moins de deux ans sa fille unique, l'avait désintégrée dans une conjugalité sûre, émolliente, un baume après des années de nomadisme solitaire : sa fille fougueuse et polyglotte désormais méconnaissable.
  • [Virgilio Breva] est pourtant un blond ténébreux, barbe chaume et chevelure souple rejetée en arrière, moutonnant sur la nuque, nez droit, les traits fins d'un Italien du Nord (Frioul).
  • [S]on corps connaît pourtant des fluctuations douloureuses, une élasticité qui le fait souffrir, logeant son lot de honte et de hantise - traumatismes d'avoir été moqué rondouillard, dodu, replet ou tout simplement gros, colères d'avoir été dédaigné pour cela et ramé sexuellement, méfiances de toutes nature -, et tenant ramassé en boule dans l'estomac ce dégoût de soi comme un supplice.