7efonctionlgag1980. Roland Barthes, le célèbre universitaire, sémiologue entre autres, est heurté par une voiture en sortant d'une entrevue avec François Mitterrand. Son interrogatoire, mené avant son décès, par la police, paraît suffisamment suspect pour qu'elle songe à une tentative de meurtre. L'inspecteur Bayard apprend que les principaux ennemis de Barthes étaient des universitaires. Il commence donc par enquêter à la Sorbonne, puis à Vincennes...


Un récit astucieux, satirique à souhait sur les milieux universitaires et politiques, imaginant un complot ; il y a des clins d'oeil à chaque page, c'est un régal. J'ai été particulièrement interpellée par le voyage à Bologne, à la rencontre d'Umberto Eco qui faillit être mon professeur... J'ai moins aimé celui à Ithaca. Mais c'est à partir de là que les mises en abyme soupçonnées ("Je suis coincé dans un roman") se multiplient et ça reste intense et stimulant à lire à cause de cela ; mais le côté déjanté finit par cesser de faire jubiler : il distrait de propos vraiment denses dont on ne peut être sûr à première vue qu'ils soient seulement parodiques. Je suis aussi un peu déçue, car la barre était posée haut, que l'utilisation de personnages réels ne se poursuive pas de manière aussi vraisemblable qu'elle avait commencée. Mais je finis par songer à Bayard et à Simon comme des antithèses de Guillaume de Barskerville et d'Adso de Melk, et c'est sans doute voulu, les uns comme les autres courent après un texte théorique fictif...

Citations :

  • Simon Herzog, comme le font tous les littéraires du monde quand ils arrivent chez quelqu'un, même lorsqu'ils ne sont pas expressément venus pour ça, examine avec curiosité les livres de la bibliothèque (...).
  • Mitterrand essaye de faire une grimace de dégoût, mais en fait cela ne change rien à son expression habituelle.
  • "Pauvres petits penseurs français enfermés dans votre vision d'un monde qui se réduit à la sphère de l'intime la plus mesquine, la plus convenue, la plus platement égocentrée. Sans énigme, sans mystère, la mère, mère de toutes les réponses. Le XXe siècle nous a débarrassés de Dieu et nous a mis la mère à la place. Super affaire."
  • Qui n'a jamais pris en flagrant délit un ami, un parent, un collègue de bureau ou un beau-père en train de répéter quasiment mot pour mot l'argumentaire qu'il aura lu dans un journal ou entendu à la télé, comme si c'était lui qui parlait en son nom propre, comme s'il s'était approprié ce discours, comme s'il en était la source et n'était pas traversé par lui, reprenait les mêmes formules, la même rhétorique, les mêmes présupposés, les mêmes inflexions indignées, le même air entendu, comme s'il n'était pas le simple médium par lequel la voix différée d'un journal répétant lui-même les propos d'un homme politique qui lui-même avait lu dans un livre dont l'auteur, et ainsi de suite, la voix, disais-je, nomade et sans origine d'un locuteur fantôme s'exprimait, communiquait, au sens où deux lieux communiquent l'un avec l'autre par un passage.
  • "L'accident n'est jamais un accident".
  • "J'ai 44 ans, Ça signifie que j'ai survécu à Alexandre, mort à 32 ans, à Mozart, mort à 35 ans, à Jarry, 34, à Lautréamont, 24, à Lord Byron, 36, à Rimbaud, 37, et tout au long de la vie qui me reste, je dépasserai tous les grands hommes morts, tous les géants qui ont fait leur époque, ainsi, si Dieu me prête vie, je verrai passer Napoléon, César, Georges Bataille, Raymond Roussel..."