caveau-familleVoici la suite du Mec de la tombe d'à côté, proposée par un gentil BookCrosseur.

On repart sur la situation finale : Désirée et Benny ont rompu. Ce dernier vit avec Anita depuis un an la vie qu'il aurait aimé imposer à Désirée (rurale, traditionnelle...). Mais voilà que l'horloge biologique parlante de son ex, bibliothécaire snob, lui fait passer cet ahurissant marché : on se revoit trois fois pour que tu me fécondes. Si je ne suis pas enceinte, on n'en parle plus ; si je le suis, on en parle.


Cette fin avait suffi à gâcher une lecture qui m'avait souvent amusée : c'est trop de superficialité, trop de bêtise, à la fin ! Même si ce que l'on peut éventuellement se bricoler et qui n'est pas dit, c'est que l'horloge biologique n'est qu'un prétexte, et que ces deux-là ne cherchent qu'à renouer. La morale, très démoralisante, c'est qu'une vie sexuelle réussie vaut toutes les ententes : Benny s'entend bien avec Anita, sauf au lit. Donc exit Anita, bon retour à Désirée, infiniment plus performante sous une couette, mais qui s'ennuie dans sa ferme, qui déteste cuisiner, s'occuper des bêtes, qui déteste qu'il tente de la transformer en femme à la maison, ce qu'Anita espérait par dessus tout !

Il restait l'humour, mais la situation est déjà vue dans le premier tome : rat des villes contre rat des champs ; mâle pas si dominant que ça contre petite femme fragile et butée. La contruction polyphonique (un chapitre entier est pris en charge par Benny ou Désirée, parfois par Anita) aurait pu ménager des surprises, de bons moments d'humour décalé, mais Mazetti ne s'en sert pratiquement pas.

L'inconséquence des personnages, de Désirée surtout, choque au départ (l'histoire de la fécondation, certes, et le fait que Désirée enceinte de trois mois, après son emménagement chez Benny, prenne soudainement conscience que sa vie de célibataire était finie - mais fais-toi greffer une cervelle, par pitié !) toutefois ils finissent par cesser d'être leur propre caricature et c'est bien pour cela que j'ai mené la lecture jusqu'au bout ! Mais quand même, en lisant plusieurs passages, la question de savoir ce que ces deux-là f* ensemble, tant ce qu'ils se font vivre semble plus parsemé d'épines que de roses, ne cesse de s'imposer à moi. Certes, ils cumulent les problèmes, grossesses à répétition, un, deux puis trois enfants en bas âge, manque d'argent, travaux difficiles et prenants, vétustés et carences du cadre de vie, mais ils semblent se perdre de vue et fonctionner par devoir, et tout ce que peut dire l'auteur pour nous amener à croire le contraire ne marche pas ; pas avec moi.

Citations :

  • Ce n'est pas possible. Pas Benny, que j'ai connu toute ma vie. Il n'agit pas comme ça. Il ne va pas faire un bébé à une ancienne copine, et exprès qui plus est. Uniquement parce qu'elle le demande. (...) A l'entendre, on aurait presque dit que c'était [ma faute], parce que je n'avais rien remarqué d'inhabituel. Mais quoi, il avait dit qu'il allait aider Berggren à remplir des formulaires et qu'il avait une réunion à la Fédération et je ne sais quoi encore. Et de toute façon, j'avais mes cours du soir de compta, je n'étais pas là, moi non plus. Et même si je m'étais fait la réflexion "Tiens, c'est bizarre, ça fait plusieurs soirs de suite que Benny n'est pas là !" je ne me serais pas dit : "Bah, il est sans doute juste allé faire un bébé à une ancienne copine !"
  • Pas un mot pendant tout le dîner. Je n'ai pas essayé de la faire participer à la discussion, de toute façon rien de ce qu'on fait ne l'intéresse. (...) On pourrait penser qu'elle, qui se dit tellement écolo, s'intéresserait un peu à l'état de la forêt suédoise. J'ai orienté la conversation là-dessus pour commencer. Mais rien, pas un mot.
  • Et puis il y avait aussi le problème de ne jamais avoir une bonne nuit de sommeil. Mon ventre était comme un gros paquet qu'il fallait soulever chaque fois que je voulais me retourner dans le lit, oh hisse ! A tout moment, le bébé donnait un coup de pied sur la vessie et je devais me lever pour aller faire pipi. Et parfois, je devais me lever avec une crampe dans la jambe, comme si un géant au pied du lit était en train de la tordre dans les deux sens à la fois. (...) La seule chose à faire dans ces moments-là, c'était de me lever et de sautiller sur la jambe nouée en fermant les lèvres sur des jurons, jusqu'à ce que la crampe passe, tandis qu'un Benny irrité se retournait vers le mur en marmonnant qu'il avait besoin de dormir, bordel. Il avait peur que je lui demande de me masser, comme je l'avais fait la première fois que ça m'était arrivé. Je n'ai jamais recommencé, il a passé tout le lendemain à bâiller et à me lancer des regards offusqués.
  • Parfois je jouais avec l'idée de faire un autre enfant à Désirée, pour qu'elle revienne à la maison. Mais (...) elle était très à cheval sur la protection, c'est à peine si elle me laissait approcher quand elle trouvait que c'était risqué. D'accord, ça aurait sans doute été comme de pisser au lit parce que ça réchauffe - au bout d'un moment c'est froid de nouveau. Trois marmots de moins de quatre ans - et le troisième pourrait très bien être un bébé à coliques.
  • Mais je ne fais pas la cuisine, il y a quand même des limites. D'accord, maman ne travaillait pas hors de la ferme, mais elle s'occupait de moi et elle aidait quand même papa dans l'étable presque tous les jours. Je ne le clame plus haut et fort (...) ça ne sert à rien. Parce que la Crevette, elle ne se laisse pas démonter : l'autre jour elle a seulement répondu oui, mais c'était ta grand-mère qui préparait pratiquement tous les repas dans cette maison et elle qui s'occupait de toi, un enfant. Et ta tante se chargeait du ménage et de la lessive. Tu comprends, avec une main-d'oeuvre pareille je pourrais travailler à la bibliothèque, t'aider à l'étable et en plus faire des remplas comme préfète !