monologues-du-vaginIl m'arrive rarement de faire des lectures de circonstance (8 mars, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes), mais j'y sacrifie parfois, en lisant avec un amusement teinté de lassitude que des femmes politiques en place ou qui le furent, en ont joué des extraits, et que moi, je ne connaissais toujours pas le texte. Il faut dire que l'exploitation du texte m'a toujours paru, notamment outre-atlantique, le tremplin à la fois politiquement correct et sulfureux pour se mettre en avant quand on est une actrice, et ça m'a parfois indisposée contre ce grand succès de Broadway.

L'auteur (-trice ?) a interviewé deux cents femmes de tous âges, orientations sexuelles, tous métiers (ou presque) et leur a posé des questions du type : que dirait votre vagin s'il pouvait parler ? quelle est son odeur ? etc.

Cela donne des passages parfois drôles, inattendus, poétiques, dérangeants, où je pense que les femmes qui ont répondu s'amusèrent parfois aux dépens de leur questionneuse. Très inattendus, les propos de cette petite fille ; émouvants, ceux de cette dame âgée qui a renoncé à toute vie sexuelle après que ses flots de cyprine aient dégoûté son premier flirt, celles qui ne se sont jamais demandé à quoi ressemblait leur vagin (d'ailleurs prononcer ce mot ne va pas non plus de soi) et le découvrent sur le tard, celles auquel il a été révélé par le regard d'un homme aimant ; scandaleux les révélations du nombre et de la variété des blessures, mutilations génitales innombrables des femmes ; j'apprends qu'on a cautérisé le clitoris des petites filles qui étaient surprises à se masturber, pour la dernière fois en 1948 ; la menace faite aux garçons de devenir sourds apparaît soudain aimable et mignonne, en comparaison. "Il y a un problème, quand même", se dit-on. Le texte sert donc indiscutablement la cause féministe et invite les femmes à apprécier, vivre et protéger leurs propres organes et, au-delà, leur intégrité physique, intellectuelle et morale en général.