personneneLes Editions Solar publient les poèmes et le récit de Hollie McNish, dont certains ont été vu des milliers de fois en vidéo en ligne, sur le thème de la néo-parentalité. J'étais sûre de détester, je craignais des vers de mirliton (en plus d'être traduits de l'anglais), de la mièvrerie et des clichés, à la sauce mode du genre "vive les mauvaises mères".

C'est encore autre chose, et j'ai beaucoup aimé, et j'ai revécu plusieurs moments de ma propre maternité. Elle aborde, dans l'ordre chronologique de sa grossesse puis de l'âge de sa fille jusqu'à ses trois ans, les surprises qui ne devraient pas l'être des nouveaux parents. Cette survenue de l'enfant dans l'histoire d'un couple, la transformation (qui l'ignore ? eh bien, on la découvre en la vivant) du corps. La naissance, elle-même. J'épargne la liste attendue, tout en précisant que tout y est vraiment et qu'en réalité, et je l'approuve de le dire, tout ce qu'on sait qu'il va arriver, on ne comprend vraiment de quoi il s'agit qu'en le vivant. Tout est à la fois plus beau, plus difficile, plus trivial, plus déprimant, plus sublime que ce qu'on croit.

Puis, si on n'y a pas encore réfléchi, on se demande dans quel monde on a fait venir notre enfant. Pour Hollie, la réflexion est précise, puisque l'enfant est une petite métisse, hors mariage. La question de l'éducation, du soutien du parent pour qu'elle soit elle-même, dans ses choix, dans sa fierté, devient immense. J'ajoute au passage qu'elle m'apprend que ce retour du jouet sexué a une origine mercantile au départ, et les moutons timides n'osent pas aller contre : il ne faut surtout pas que les enfants puissent se passer de l'aînée au cadet un vélo, un sac, etc. Paillette, rose bonbon, fleurettes pour les unes, éclairs, couleurs criardes et violentes sur fonds sombres pour les autres. Effectivement.

Et, régulièrement, des poèmes, que j'aurais aimé avoir en version bilingue, pour mieux goûter la métrique de la version originale, mais que je découvrirai sûrement en ligne : Embarrassed. Hollie McNish a étudié les langues à Cambridge, c'est une femme brillante, une poétesse reconnue. Elle dit paradoxalement qu'elle se sent beaucoup plus sûre d'elle-même et de sa capacité à embrasser certaines fonctions ambitieuses maintenant qu'elle a fait du parenting qu'auparavant, alors que c'est justement ces trous dans les CV dus aux congés parentaux qui écartent des employés des promotions.

Une belle découverte, inattendue dans le fond et la forme.

Citations :

  • Je me rends compte que mon travail, en tant que parent, consiste en partie à créer des souvenirs. Entrer en douce pour remplir les chaussettes de Noël, choisir la mandarine la plus juteuse pour la glisser dans la pointe, les pièces de monnaie en chocolat, la nourriture pour les rennes et les mince pies. Cette année, je suis un peu obsédée par tout le décorum. J'ai envie de créer des souvenirs mémorables pour Petite Chérie : de cuisiner de la nourriture qu'elle humera dans vingt ans en se souvenant de nos soirées ensemble, de réussir les chaussettes en laine qui grattent juste bien ce qu'il faut pour qu'elle se souvienne à jamais de Noël à chaque fois qu'elle se coince un ongle dans une maille. C'est l'un de mes meilleurs souvenirs de Noël étant enfant.
  • Pour acheter un blouson imperméable, même topo. On veut simplement acheter un blouson, imperméable, qui tient bien chaud. Dee et moi allons au magasin. On en prend un violet et rose avec des étoiles (cible : les filles) et un vert (cible : les garçons). Même prix, même style, mais pas la même matière. Le blouson pour les garçons avait une texture plus rêche, avec une sorte de trame entrecroisée. Dee a demandé pourquoi au vendeur et si l'un des deux était plus imperméable que l'autre. "Non, ce sont les mêmes, mais le vert est en tissu anti-déchirures, de sorte qu'il convient mieux aux activités des garçons, comme de grimper aux arbres et ainsi de suite." Putain. Sérieusement ? Ils sortent d'où, ces mythes ?