dora-bruderQuand tu n'as pas aimé l'oeuvre d'un écrivain nobélisé et qu'en plus, celle-ci s'appuie judicieusement sur la Shoah pour cacher l'inanité de, tu marches sur des oeufs et tu te dispenserais bien de cette note de lecture, mue par le même désir de suivre la pente que l'auteur.

Donc, inspirant peut-être Nicolas Sarkozy qui suggérait que chaque enfant s'approprie le nom et la vie d'un juif déporté pour le faire revivre et échapper au néant (heureusement que les pédopsy ont hurlé), Patrick Modiano se saisit d'une annonce d'un journal de 1941 où l'on recherchait une jeune fugueuse de Paris, Dora Bruder, au nom de laquelle la tragédie devait facilemenent se rédiger immanquablement s'attacher. Il tâche de reconstituer, et c'est un beau travail de limier, là, par contre, le parcours de ses parents, évoque les pistes liées à cette fugue, reconstitue leur déportation vers les camps de la mort... sur fond de promenades dans Paris, il démontre que les lieux ont une histoire, que, peut-être, en les considérant, ils nous rendraient l'armée des disparus qui les traversèrent et qui les hantent, en ce qui le concerne, encore. L'idée me plaît et je ne boude pas son charme.

Mais le livre lui-même, qui ne porte pas le nom de roman, bien que l'auteur se soit très largement réapproprié l'histoire de Dora Bruder, est d'un grand ennui, le sujet seul le porte.

PS : J'ai rencontré des Lycéens auxquels cette lecture avait été infligée et ceux-là en ont été très touchés, signe qu'il faut éviter de projeter sur des cerveaux neufs notre propre overdose littéraire, notre exigence parfois démesurée, et se demander si nos jeunes ne peuvent pas faire leur miel de moins de pollen que nous, et du bon miel.