indexCe roman a été lu plusieurs fois ; cette fois-ci, je me suis essentiellement concentrée sur les lettres de la Marquise de Merteuil, car je souhaitais la comprendre un peu plus.

Il m'apparaît que dès la lettre IV, on saisit qu'il y a une faute impardonnable commise par Valmont, à l'origine de toute l'affreuse vengeance mise en branle presque dès cet instant contre lui. Lui a la naïveté de croire que leur libertinage commun et avoué, leur liberté de confidence implique totalité de la confidence et de la confiance. Je retrouve beaucoup de la Philosophie dans le boudoir dans leur manière d'agir, presque dans leurs propos ; Valmont semble que croire, comme le Marquis de Sade, que "les loups ne se mangent pas entre eux". Merteuil veut le punir d'avoir eu l'air de la mettre en dessous de Mme de Tourvel en l'assimilant à des "femmes faciles" ; elle lui rappellera qu'elle n'a jamais eu l'intention d'être perdue dans le nombre. Valmont s'en souviendra quand il organisera en manipulant Danceny l'occasion qu'une autre qu'elle lui soit préférée... mais je n'en dis pas plus. C'est finalement elle qui est plus facile à comprendre, jusque dans l'horreur de son égocentrisme, de la cruauté et de son innommable hypocrisie. J'avoue qu'après toutes ces relectures, les visionnages des films de Frears et de Forman, je ne comprends toujours pas bien pourquoi Valmont ne semble avoir plus qu'une idée après avoir fait capituler la belle Présidente, c'est partir se fourrer dans les jupes de Merteuil ; pourquoi il lui est si facile d'écrire à la première, à la demande de la seconde, une lettre dont personne ne peut revenir. La solution alléguée (peur d'aimer, peur d'avoir dû se rendre à celle qui s'est rendue), je n'y adhère pas, rien à faire, pour la bonne et simple raison que je peux comprendre un réflexe de fuite, une sensation de confusion et de honte (les valeurs de Valmont sont inversées sur ce plan) mais pas qu'il puisse ensuite agir à rebours de son intérêt amoureux de manière continue.

Citations :

  • Par cela seul qu'on dispute, on ne veut pas céder. A force de chercher de bonnes raisons, on en trouve ; on les dit ; et après on y tient, non pas tant parce qu'elles sont bonnes que pour ne pas se démentir.
  • En effet, si votre Présidente vous adore, comme vous me l'avez tant dit et si peu prouvé, son unique consolation, son seul plaisir, doivent être à présent de parler de vous, de savoir ce que vous faites, ce que vous dites, ce que vous pensez et jusqu'à la moindre des choses qui vous intéressent. Ces misères-là prennent du prix, en raison des privations qu'on éprouve. Ce sont les miettes de pain tombantes de la table du riche : celui-ci les dédaigne ; mais le pauvre les recueille avidement et s'en nourrit.
  • Je veux, au moins, m'offrir à son imagination, pure et sans tache ;  telle enfin qu'il faudrait être, pour être vraiment digne de lui.
  • C'est dommage qu'avec tant de talent pour les projets vous en ayez si peu pour l'exécution ; et que par une seule démarche inconsidérée, vous ayez mis vous-même un obstacle invincible à ce que vous désirez le plus.
  • Si vous permettez à mon âge une réflexion qu'on ne fait guère au vôtre, c'est que, si on était éclairé sur son véritable bonheur, on ne le chercherait jamais hors des bornes prescrites par les Lois et la Religion.