paranoiaFernand Duclos est un jeune homme de vingt-cinq ans qui vit seul après le décès de sa mère, qui lui avait fait promettre que rien ne devrait jamais le déranger dans son labeur sacré d'écrivain. Il vit seul avec sa chatte persane adorée, Samirah, sans aucune vie sociale, sinon les quelques visites qu'il fait à son éditeur, qui l'exploite et le méprise sans vergogne, le faisant éconduire, la plupart du temps, par sa secrétaire. Il est donc cantonné à des romans de basse classe, alors que des quantités de textes de bonne facture, très littéraires, s'empilent au fil du temps sur ses étagères.

Mais sa concierge s'acharne après lui, au point que son travail en est perturbé. Or "Rien ne doit te déranger dans ton travail", lui disait sa mère. Il va organiser une chute accidentelle de l'ignoble concierge, découvrir que tous les autres locataires la détestaient et se sentir "Assassin-Justicier". Il va reprendre confiance en lui...


C'est un roman hilarant, déconcertant, où Zykë ménage des changements de rythme et de thèmes, faisant évoluer son personnage avec maestria. Son écriture est juste, jamais affectée, ni dans un sens ni dans l'autre, avec un véritable don pour la polygraphie. Elle se joue sur les différents personnages, la narration et les textes écrits soit froidement soit en plein délire paranoïaque par le héros.

J'ai bien vu, vaguement, dans les années 80, passer cet auteur sur les plateaux-TV, et j'avais un peu vite jugé (sans le lire, honte à moi !) que le principal intérêt de ses écrits devait être le caractère aventureux de sa vie et que son style devait avoir été confié à un compère. Je doute qu'il eût persévéré dans quelque écrit qui n'ait aucun lien avec sa vie ni sa personnalité ; c'est pourtant le cas ici, bien qu'il fasse passer fugitivement un personnage qui lui ressemble... ou ressemble à sa caricature, l'image qu'il donnait dans les médias à l'époque. Je n'en sais rien et j'éprouve une cuisante curiosité à ce sujet. Je me demande en effet comment il n'a pas été plus apprécié, attendu, publié par la suite.

Citations :

  • Le Tribunal révolutionnaire des locataires du 18ter rue Saint-Firmin a reconnu ce jour la ci-devant dame Renard, concierge, coupable d'abus de pouvoir et de tyrannie contre-républicaine. La dame Renaud a été bastonnée cet après-midi en place de Grève, puis est montée en pleurant comme truie à l'échaufaud pour y être guillotinée. Ainsi périssent les traîtres à la Liberté ! (extrait d'un texte délirant écrit par le héros contre sa concierge)
  • Et il fut devant moi. / Un colosse ! une brute monumentale aux cheveux ras et noirs, le visage barré d'une moustache, vêtu de fourrure et chaussé de bottes. Un barbare surgi des temps anciens, les yeux dissimulés par des lunettes noires.(...) Le chasseur d'émeraudes ! L'homme qui avait pulvérisé les ventes dans le monde entier avec son Esméralda, ou Les Péripéties du salopard.