trilogie_barbierBeaucoup d'années ont passé depuis le Mariage de Figaro, et plus encore depuis que Le Barbier de Séville a aidé le Comte Almaviva à épouser Rosine. On retrouve les époux Almaviva en grand froid, d'autant plus terrible qu'ils éprouvent toujours de l'affection l'un pour l'autre ; le temps qui a passé les a séparés, comme on dit, le Comte a continué à avoir des fredaines, madame a eu une faiblesse pour le jeune Chérubin dont le fruit, Léon, passe pour le fils cadet du Comte. Après la mort de l'aîné, odieux mais légitime, Almaviva cherche à évincer l'enfant illégitime de sa femme au profit d'un de ses amours illégitimes à lui, la belle Florestine.

Hélas, cette dernière aime justement le pauvre Léon, et un intrigant Bégears, surnommé Tartuffe par Figaro, profite du désarroi de la maisonnée pour s'insinuer dans le cœur de tous.


Comment une comédie aussi poussive, dénuée de l'humour, des numéros et des mots d'esprit en cascade des deux oeuvres précédentes, a-t-elle pu malgré tout m'intéresser ? C'est un mystère. Le mélodrame est pénible, c'est dans l'acte V qu'on retrouve une pâle copie de l'incroyable acte III, scène 11 du Barbier de Séville, mais c'est la seule trace des facultés de Beaumarchais à jongler avec une intrigue complexe... or elle ne l'est plus tellement, et il jongle en deux ou trois coups, pas plus.

J'imagine que c'est le côté humain et la curiosité de voir comment le nœud inextricable de cette mésentente conjugale allait pouvoir se dénouer. Il n'empêche que Figaro et le Comte semblent se détester au début de la pièce, se jauger, et les cris d'affection du dénouement, semblent aussi plaqués que dans l'Île aux esclaves de Marivaux. Mais pourquoi bouder son plaisir devant tant de réconciliations ? L'époque où Beaumarchais a écrit cette pièce a laissé des traces (jeux de mots assez sombres sur le mot "comité", moins de satire : les messieurs au pouvoir à cette époque-là semblent impressionner davantage l'auteur que Louis XVI) et sans doute personne n'aspire à rien plus qu'à une réconciliation générale. Il n'empêche que je pense que Beaumarchais a laissé filer un beau brûlot sur les excès révolutionnaires. Il avait été bien plus audacieux dans la défense des femmes avec Marceline, alors qu'il avait un large champ devant lui pour démontrer que l'écart de Rosine était jugé bien plus sévèrement que ceux de son mari, et qu'il finit par justifier la sévérité de la société envers l'adultère féminin, ce qui, à ma connaissance, n'était pas son avis véritable sur la question.

Almaviva sera un bon père, un bon mari, un bon maître et même un bon ami, et ma foi, c'est un véritable dénouement de comédie, faute d'être celui d'une satire nécessaire.