aurevoirlahautA la fin de la guerre, les forces s'économisent. Les Poilus pourraient raisonnablement espérer que l'on ne va pas improviser un combat de dernière minute, alors que les inconséquents qui les ont envoyés au massacre trament clairement cette fois de mettre fin au conflit... Ce n'est pas l'avis d'Aulnay-Pradelle, un obscur gradé, aristocrate ruiné, qui voyait dans cette guerre un moyen de s'illustrer et qui voit dans la perspective d'une démobilisation proche la fin de toutes les occasions de briller et de monter en grade. Sur la côte 113, il va ignominieusement déclencher une reprise du combat... mais Albert Maillet va comprendre sa manoeuvre. Aulnay-Pradelle tente alors de supprimer le témoin de sa traîtrise...


Voilà un magnifique roman, et je remercie melusine170 de me l'avoir conseillé lors du MégaBookCrossing de juin 2015 à La Rochelle : j'ai acheté le livre dans la gare du retour et je ne le regrette pas.

Il y a une originalité dans le traitement des personnages (en aussi petit nombre que dans une nouvelle), l'invention des péripéties, qui ne vont jamais jusqu'à l'invraisemblance (le portrait de père, peut-être, et son retour d'affection, me paraissent peut-être plus douteux) et l'on découvre ou redécouvre une époque ambigüe envers ses soldats. Aulnay-Pradelle a beau être un salaud digne d'un mélodrame, il ne dépare absolument pas. On aboutit immanquablement à une réflexion plus globale que l'auteur, discret, ne nous dicte pas mais à laquelle il nous a incités clairement.

Citation :

  • [Joseph Merlin] arrivait, on lui donnait une tâche, et on se fatiguait de lui parce que, très vite, on le trouvait ridicule, désagréable, passé de mode, on commençait à rire dans son dos, à lui attribuer des surnoms, à faire des blagues, il avait eu droit à tout. Pourtant, il n'avait jamais démérité. Il pouvait même citer la liste de ses hauts faits, liste parfaitement à jour, qu'il ressassait en permanence afin de masquer le bilan d'une vie lugubre, d'une probité sans récompense, entièrement consacrée à se faire mépriser.