fioreDaphne (Daphne Scoccia) a un père, Ascanio (Valerio Mastandrea, méconnaissable mais fascinant, vu pour la première fois dans Fai bei sogni) sorti de prison depuis peu qui vit son chômage chez une immigrée roumaine (Laura Vasiliu) pourvue d'un fils, Lele. Aucune mention, jamais, de sa mère. Elle s'est échappée d'un foyer et vit de vols (avec violence) de téléphones portables, squatte chez sa complice. Elle est un jour attrapée et atterrit en prison pour mineurs pour une année. Là, il y a une aile pour les garçons, une pour les filles. La vie s'organise, dans la contrainte, la surveillance (dont le caractère humiliant et intrusif nous est distillés petit à petit avec un paroxysme à la fin) tâtillonne, l'isolement des récalcitrants, mais avec un petit côté "internat" : fêtes d'anniversaire, jour de l'An, dessins, musique, jeux de ballon dans la cour...

Daphne remarque à l'infirmerie Josh (Giosciua Algeri) blessé à la main pour avoir donné un coup de poing dans un mur. Il finit par lui révéler que c'était parce qu'il n'avait plus de nouvelles de sa petite amie. Les deux se font des confidences, découvrent que cette correspondance puis cette complicité leur sont devenues un véritable soulagement ; ils comprennent rapidement qu'un sentiment est en train de naître. La sensualité de la jeune fille renfermée s'éveille. Josh doit sortir dans deux mois ; si le père de Daphne accepte de l'héberger, on peut commuer la peine pour elle aussi. Mais cet homme, amoindri par ses conditions de vie, ne se sent pas la force d'une si grande responsabilité...


 Ce film a obtenu plusieurs récompenses et je le comprends : la façon de filmer les visages, la peau, les silhouettes en pleins serrés, est amoureuse, il y a quelque chose de l'esprit hellène, "pour qui rien n'est plus éloquent que la beauté du corps" (H. Sienkiewicz). Et beauté n'est pas perfection ; le réalisateur Claudio Giovannesi aime ces gens dont il permet de voir les visages et la peau. Il se borne aux vêtements des autres.

Et, évidemment, il aime particulièrement sa jeune protagoniste, Daphne, dont il filme les multiples facettes à la perfection : bouille enfantine (on retrouve des mimiques de L'Effrontée), creux et arrondis d'une vamp, silhouette sèche et visage fermé d'un petit caïd... Le visage lui-même oscille entre espoir et désespoir (pas surjoué du tout). L'éclosion de l'enfance à l'âge adulte est le thème du film tout autant que celui de la délinquance juvénile : Daphne passe du rêve d'amour suprême d'un papa qui vient lui caresser le visage pendant son sommeil à celui de se glisser dans le lit du garçon qu'elle aime.

Entre Mery per sempre, qui m'avait obsédée pendant trois jours en 1989 par sa dureté naturaliste, et ce film, quel chemin parcouru dans les prisons pour mineurs en Italie ! Là où l'on avait une jungle, une Géhenne dont Marco Risi montre bien qu'on pouvait sortir détruit, mort ou meurtrier, on trouve une sorte de vie en foyer, avec des règles très strictes concernant la circulation des objets et la communication, et des portes qui ferment, mais où l'on peut trouver l'affection, voir des jeunes du sexe opposé, danser avec dans les grandes occasions... J'allais voir ce film sur la défensive, espérant trouver malgré mon épuisement (fin de semaine, heure tardive, etc.) la force de subir la vision de l'homme loup pour l'homme, et j'ai juste vu comment poussent les fleurs dans les décombres, comment chacun fait de son mieux, combien il est difficile pour ces jeunes délinquants de se projeter dans le futur, de semer dans la contrainte pour cueillir un jour l'abondance. Ainsi puis-je mieux comprendre la fin du film, que j'ai regardée avec un sentiment de grand gâchis alors qu'il était filmé comme une grâce... suspendue en plein vol par l'arrêt de l'histoire.

Bande-annonce en VO, mais j'ai regardé le film en VOST (et heureusement, il y a eu des accents très méridionaux dont je n'ai pas l'habitude).

Film complet (?!) ici.