odysseeCliff est bouleversé par la tromperie de sa femme Vivian, revenue les genoux tachés d'herbe verte après s'être éclipsée avec un ancien camarade de classe, Fred ; par sa décision de le quitter et de vivre avec lui ; par le fait qu'elle récupère la ferme qu'il a exploitée après avoir abandonné son poste d'enseignant, se condamnant à la pauvreté ; par la façon dont elle prétend signer à sa place des documents sur leur divorce en lui réclamant une procuration. Il décide soudain de prendre sa voiture et de parcours tous les Etats d'Amérique, en jetant à chaque frontière la pièce d'un puzzle géographique représentant l'Etat quitté. Il songe aussi à rassembler ce qui lui reste de sa fibre littéraire d'ancien prof de Lettres pour rebaptiser les Etats et renommer leurs oiseaux symboliques.


On voit un homme poursuivi qui cherche à penser à autre chose qu'au divorce dont il s'absente. Malheureusement, ses dérivatifs, qu'il espère aussi calmes que croustillants, l'y ramènent. La jeune maîtresse, Marybelle, qui lui offre un intermède sexuel ardent, se révèle une déception intellectuelle (franchement, si ça, c'était sa meilleure élève, pauvre Oncle Sam !), une redoutable emmerdeuse, un peu mythomane ; son fils qui, tout en lui déconseillant de signer les papiers faxés par Vivian et en lui offrant une magnifique voiture pour finir son périple, ne rêve que de voir ses parents se remettre ensemble ; son ami le Dr A, bon confident d'aventures, mais d'une piètre empathie... Jamais Cliff n'exclut de se faire remettre le grappin dessus par Vivian (qui commence à déchanter), mais on comprend que le voyage et les aventures font leur effet.

Un très beau voyage qui donne envie de faire connaissance avec les fabuleux paysages des Etats-Unis et les gens simples et ouverts qui peuvent vous servir un café lors de vos pauses. Jim Harrison n'abuse pourtant ni des descriptions, ni du pittoresque, ni d'une proximité raccoleuse avec les êtres. Il y a longtemps que j'ai rendez-vous avec Légendes d'automne, et je retrouve chez Cliff la fascination pour les Amérindiens, et un nouveau livre à lire : Crazy Horse, de Mari Sandoz.

Citations :

  • Les oiseaux sont des trous dans le ciel à travers lesquels un homme peut passer.
  • Je bandais tellement qu'on aurait pu accrocher un seau de lait à ma verge.
  • Tu essaie d'entamer une vie nouvelle à soixante ans, ce qui est tout aussi impossible. La seule chose que tu peux faire, c'est des variations sur ton thème habituel. Tu es un raton laveur acculé par les chiens de meute de la vie.
  • -Papa, tu fuis tes responsabilités ! maman est malade, malade, malade. Elle souffre d'un diabète de type II. Il faut que tu rentres à la maison pour L'AIDER.
    -Robert, ta mère m'a viré avec pertes et fracas. Trois de mes amis du camp de chasse sur huit sont diabétiques de type II. Ce qui veut dire qu'ils prennent leurs cachets et renoncent entre autres, aux sodas, aux desserts, aux pâtes, aux patates et au pain. Vivian va devoir vivre sans Pepsi, sans beignets, ni schnaps au caramel, et ce n'est qu'un début.