letrres-persanesRelecture des Lettres Persanes, de Charles-Louis de Secondat de Montesquieu (1721)

C'est un roman épistolaire que j'ai déjà lu, il y a très longtemps, intégralement, et dont je relis quelques lettres de temps en temps, quand c'est nécessaire. L'inconvénient est qu'on en perd l'impression globale, avec laquelle j'ai enfin renoué.

J'ignore ce qu'en pensent mes Lycéens, mais j'ai été surprise de lire ces lettres, pourtant denses parfois, d'un point de vue stylistique et argumentatif, avec autant de plaisir ! Usbek et Rica, leurs surprises, bonnes ou mauvaises, leurs mouvements d'humeur ou d'humour, sont délectables. Les malentendus qu'ils ont, parfois, amusent le lecteur averti ; ces épistoliers malicieux n'hésitent pas à ménager des chutes qui surprennent leur lecteur, piégé par une façon extrêmement détournée, opaque, de raconter une anecdote (par exemple, la rencontre avec l'alchimiste fou).

Ce qui est intéressant, c'est que ça n'est pas un apologue purement formé de réflexions de personnages sur leur voyage, une sorte de procédé dit "du Bon Sauvage". Usbek et Rica évoluent par rapport à leur manière de considérer les choses ; Usbek manque parfois de lucidité et, longtemps, reste persuadé que sa conception culturelle de la conjugalité est la meilleure, jusqu'au catastrophique démenti final... entre-temps, il concède quelques vertus à la conjugalité européenne, à savoir la gaieté des femmes et le fait qu'il vaille mieux ne pas s'obséder de la fidélité ou de l'infidélité potentielle de son conjoint.

Moeurs, religions, caractères et, bien sûr, la grande marotte de Montesquieu, le rôle des lois et des gouvernements, y sont passés au crible.

Citations :

  • Quand vous relevez l'éclat de votre teint par les plus belles couleurs ; quand vous vous parfumez tout le corps des essences les plus précieuses ; quand vous vous parez de vos plus beaux habits ; quand vous cherchez à vous distinguer de vos compagnes par les grâces de la danse et par la douceur de votre chant ; que vous combattez gracieusement avec elles de charmes, de douceur et d'enjouement : je ne puis m'imaginer que vous ayez d'autre objet que celui de me plaisir ; et, quand je vous vois rougir modestement ; que vos regards cherche les miens, que vous vous insinuez dans mon coeur par des paroles douces et flatteuses : je ne saurais, Roxane, douter de votre amour. (XXVI)
  • Mais, si quelqu'un, par hasard, apprenait à la compagnie que j'étais Persan, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement : "Ah  ah ! Monsieur est Persan ? c'est une chose extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ?" (XXX)

 

hygiene-de-l-assassin

J'ai aussi relu Hygiène de l'assassin, la semaine dernière. Je n'ai rien d'autant à ajouter à ce que j'en ai déjà dit, sinon que j'éprouve toujours le même plaisir à le lire.