meunier-hurlantGunnar Huttunen est un meunier qui s'installe dans un village et remet en état le moulin. Au début, les villageois sont contents, mais la manière dont ce meunier réagit aux émotions (en cas de mal-être, il hurle... la nuit, le plus souvent ; quand il est content, il imite des animaux) leur inspire une violente colère. Face à cette colère, ces injustices souvent, Gunnar réagit en brisant ou en jetant des objets. Il est alors interné ; outre la privation de liberté, le fait d'être éloigné d'une charmante conseillère horticole, Sanelma Käyrämö, l'accable. Il va s'enfuit de l'hôpital psychiatrique où on l'a interné et essaye de retourner à son moulin...


Je commence à avoir lu assez de romans d'Arto Paasilinna pour faire des constantes, par exemple, les tribulations d'un homme (voire d'une femme) qui sort de l'ordinaire, persécuté par des médiocres et des cupides, voire des imbéciles. Comme on sait que la seule victoire devant la médiocrité ordinaire du monde semble être la fuite, on se doute un peu de la fin... très poétique, d'ailleurs.

La présence de la nature est immense, douce, claire, lumineuse, consolante, maternelle, piquante. L'érémitisme forcé de Huttunen, qui tourne aux robinsonnades que j'aime tant, a un charme fabuleux. S'il n'y avait Sanelma, je suis certaine que le héros ne songerait pas à se réinsérer dans la société... mais c'est ma thèse, dont je ne suis pas sûre.

Des villages coincés entre des étangs, des lacs, des rivières, des tourbières, poissonneux, giboyeux, tranquilles devraient être des havres de paix. Or un "doux dingue", comme le reconnaîtra le commissaire à un moment où cela l'arrange, est l'équivalent dans ces contrées d'un Hannibal Lecter noctambule armé. Ce sont les sociétés humaines qui paraissent contraignantes et dangereuses.