la-menace-4182153-264-432Charlie est un petit garçon eurafricain qui a été adopté tardivement par un couple assez âgé. Leur fils Eric (Erik en costume de skin-head) est un jeune homme qui aimerait entrer dans l'armée, qui hait son frère adoptif, prétend avoir souhaité un Noir pour le tuer. L'enfant vit dans une atmosphère de menace, de danger de mort imminent qui le terrifie, mais moins que la perspective, maintes fois réitérée par ses parents adoptifs, de le remmener à l'Institution.


L'écriture ne joue pas sur le pathétique évident, pourtant, de la situation. J'ai déduit la terreur de l'enfant de ses réactions, de ses métaphores. La haine et l'injustice qu'il essuie ne sont pas à sa mesure, le danger qu'il court sans que ses parents adoptifs, dont on comprend très vite qu'ils le connaissent, ne réagissent, épouvante le lecteur.

Mais Queffélec reste extrêmement flou sur ce que savent les adultes, sur ce qu'ils veulent et sur ce qu'ils peuvent, restituant ainsi à merveille la psyché d'un enfant, j'avoue avoir trouvée admirable cette approche.

Citations :

  • A présent qu'il se sait réformé, le skin ne veut plus quitter la maison ni papa-maman ni son attirail à croix gammée. Il ne fera pas son temps sous les drapeaux français, il ne suivra pas le stage de baroudeur à Châlons, il ne rempilera pas dans les commandos de chasse, il n'avancera pas au pas cadencé, godasses et matraque astiquées, luisant de partout, sus aux manifestants rebelles. Il ne cassera pas du noir et du moins noir, du métèque et du moins. Il ne matraquera pas sur le tas, et pour la bonne cause, les crânes de ces salopards avant qu'ils ne s'égaillent émigrants chez nous, les poux ! les rats ! Bien haut la matraque ! plus haut ! Rabattez sec. Avec tout le poids du corps, les gars ! La pêche, les gars, la pêche ! Un en haut, deux en bas. Tout le poids du corps. Ça pète comme des noix, ces crânes-là. Rabattez sec. Et le genou à fond dans les couilles, en avançant. Un coup suffit. Un en haut, deux en bas. Qu'ils pissent le sang, ces fumiers.