9782035844408-TJ'étais certaine d'avoir déjà lu cette pièce et d'effectuer une relecture, or même en tenant compte de ma très mauvaise mémoire des classiques lus jeune et jamais relus, je n'ai aucune impression de déjà-vu et je dois bien me rendre à l'évidence : j'ai toujours professé de ne pas aimer les comédies de Marivaux faute d'avoir déjà lu celle-ci, sans doute.

La pièce, jouée aux Italiens, a beaucoup de la Commedia dell'Arte, à savoir un Arlequin certes rustique mais pourvu d'une latte en bois, comme Arlecchino. Dans cette pièce, Silvia et Arlequin s'aiment d'amour tendre après une très longue cour du second. Or voilà que "le Prince", tombé amoureux de Silvia, la voit plusieurs fois, en se faisant passer pour un officier du Prince (premier mensonge) mais elle l'éconduit. Il prend alors une résolution désespérée, il fait enlever les deux amoureux à son palais où il compte, aidé par le valet Trivelin et deux suivantes, Flaminia et Lisette, faire changer Silvia d'avis. Au début tout à fait résolus, les stratagèmes mis en place par leur entourage, à base de mensonges, de câjoleries, de flatteries de leurs péchés plus ou moins mignons (la coquetterie et l'orgueil de l'une, la possessivité et la gourmandise de l'autre), amènent les deux amoureux à se souffrir inconstants...

Je souscris tout à fait à la théorie qui fait de Marivaux un épigone de Sade bien plus que de Beaumarchais, même dans le dialogue entre le Prince et Arlequin où l'on pourrait voir l'affrontement entre Almaviva et Figaro. Certes, Arlequin défend bien sa cause et semble rendre le Prince honteux ; n'est-ce pas un faux-semblant ? Le Prince "arrête"-t-il pour autant le processus qu'il a mis en place, en décèle-t-il le caractère inégalitaire ? n'est-ce pas à un déploiement de moyens matériels (cadeaux somptueux, valets et grands mercenaires...) qu'il doit l'inconstance de Silvia et d'Arlequin qui, restés dans leur village, auraient peut-être continué à considérer que leur amour était le plus précieux ?

Restent des passages très enlevés, vraiment très drôles.

Citation :

  • Moi, j'ai l'air d'un innocent ; vous, vous avez l'air d'un homme d'esprit ; eh bien ! à cause de cela faut-il s'en fier à notre air ? (Arlequin)