51gPl52X0tLPaul Renou nous convie à l'entrée dans l'ère du soupçon chez ses personnages, d'une plume doucement souriante et parfois doucement triste. Les amants doutent, espèrent, se heurtent sous son regard moqueur et ils vont jusqu'à rire d'eux-mêmes parfois.

Pourquoi sont-ils fragiles ? Parce qu'ils ne vivent pas complètement dans le présent et que leurs pensées les emmènent dans le passé de leurs partenaires ou que leurs perspectives sur un avenir plus ou moins proche ne leur paraissent pas du tout assurées. Or le besoin d'être rassuré (sans pouvoir l'obtenir) dévoile leur fragilité. La conscience des ravages du temps, qui révèle, gauchit, emmène vers autre chose, les fait douter des sentiments comme du désir, et même de l'objet du désir. Le questionnement induit leur fragilité ; les personnages qui ne doutent pas, dans les nouvelles du recueil, semblent tranquillement assis, voire endormis dans leur relation et leur quotiden ; et c'est leur partenaire, souvent un homme, ce n'est pas si fréquent en littérature, qui bouscule le hamac, questionne, réclame... au risque de tout casser.

J'ai déjà lu des nouvelles de Paul Renou, il y a de nombreuses années et l'une d'entre elles m'avait obsédée pendant plusieurs jours, révélé une insécurité personnelle. Pour autant, pas de malentendu, les nouvelles ne sont pas psychanalytiques ! en réalité, le style est agréable, littéraire, j'aime le sourire qu'on sent dans les situations les plus tendues, l'humour sous-jacent qui nous oblige à nous distancier de la détresse du personnage et les fins clins d'oeil culturels, linguistiques, philosophiques que l'auteur, qui estime son lecteur, lui adresse.