la_banqueCet essai est à la fois une radiographie de la crise bancaire mondiale, renflouée par des États aussitôt bafoués par l'allègre reprise des pratiques boursières immorales, ("jouer" contre ses propres clients, par exemple, profitant de l'accès à ses comptes !) et l'histoire de la banque d'investissement Goldman Sachs dont j'ignorais l'importance et qui, d'une certaine façon, a gouverné le monde jusqu'ici. Si son influence est désormais limitée par une sorte de désapprobation générale (et la légitime méfiance devant des escrocs reconnus, fussent-ils brillants), son éthique a malheureusement toujours cours et personne n'est hors d'affaire ni hors de cause.


C'est parfois un peu difficile à comprendre, alors même que j'étais d'option économique et sociale au Lycée : Marc Roche fait parfois des ellipses entre des causes et des conséquences, qui, du coup, ne sont pas évidentes. Mais les liens entre les différents acteurs économiques, la presse, les banques, les gouvernements, la politique, la religion, apparaissent, eux, clairement, et j'ai appris vraiment beaucoup de choses.
Le cynisme, le mépris, l'esprit "moine-banquier" (on donne quand même 18H sur 24H à la banque ! autant dire sa vie), l'avidité, l'insatiabilité, je les subodorais, mais cela me surprend autant que cela me révolte. Me révolte et me surprend également l'antisémitisme ambiant dans les hautes sphères politiques, jusque dans les années 90, malheureusement pas de l'ordre de la paranoïa, mais avéré.

Citations :

  • En 1999, lorsque la création de l'euro est décidée, la Grèce ne peut adhérer à la monnaie unique. (...) [L]es conditions de participation sont (...) : dette inférieure à 60% du produit intérieur brut (PIB), déficit budgétaire sous les 3%. La Grèce est loin du compte. (...) Qu'importe ! Le commissaire européen chargé des questions économiques et monétaires, le Français Yves-Thibault de Silguy, l'un des architectes du passage à l'euro, fait de cette vision élargie [de la zone euro] une question personnelle. Tous les pays du nouveau club n'ont-ils pas leurs petits arrangements comptables pour remplir les critères de Maastricht en minorant leur déficit ? (...) Le gouvernement grec demande alors à Goldman Sachs de l'aider à trouver des moyens astucieux afin de rejoindre la zone euro. (...) Pour arriver à ses fins [Addy Loubianis] va se servir d'un mécanisme peu connu. Son nom ? Le système de couverture de risque appelé credit default swaps, les CDS (...) [C]e mécanisme permet de se protéger des effets de change en transformant en euro la dette initialement émise en dollars. Le taux de change choisi est très favorable à Goldman Sachs. Par ailleurs, le montant couvert par les CDS dépasse celui.... de la dette publique grecque ! En modifiant les échéances de remboursement de sa créance, la Grèce s'engage à payer à la banque de grosses sommes jusqu'en 2019 et ce, à des conditions plus onéreuses, qui aggravent encore ses difficultés financières.

  • En effet, Goldman Sachs est de facto la banque-conseil de l'assureur déchu[, AIG]. (...) Malgré ces liens solides, Goldman Sachs a, en fait, parié contre AIG dès 2007. Jugeant insuffisantes les garanties (les crédits hypothécaires subprimes) déposées en nantissement des prêts octroyés, elle n'a eu de cesse de lui réclamer des paiements en liquide additionnels qui grèvent sa trésorerie. Parallèlement, la banque joue en Bourse contre AIG.

  • En effet, pour beaucoup, LA Banque, qui a ses propres fonds, est devenue un vaste casino de l'argent vite gagné où le croupier distribue les cartes tout en maniant les dés et en jouant contre les parieurs. Lors des auditions parlementaires de Goldman Sachs, le 27 avril 2010, un sénateur s'est écrié : "Ce n'était pas Wall Street mais Las Vegas!", à quoi un édile de la capitale du jeu a répliqué : "Au moins, chez nous, il y a des règles!"