immoralisteMarié avec sa jeune cousine Madeleine sans rien connaître de la chair ni de sa propre personnalité, un jeune érudit fait l'expérience de la maladie puis de son désir de vivre en Afrique du Nord, et peu à peu, de la réalité de ses tendances immorales, qui se traduit, dans le récit, par la passion d'observer les jeunes garçons voler, gruger, braconner et, pour finir, de les assister dans leurs méfaits. La maladie qui gagne parallèlement sa femme, la tuberculose, qu'elle a probablement attrapée en le soignant, et la perte de leur enfant, signent symboliquement son sentiment de culpabilité...


 Il en est pour moi des oeuvres "sulfureuses" (?) d'André Gide comme il en est de la madeleine de Proust chez certains : tout le monde voit de quoi il s'agit et pourrait en dire deux ou trois choses point trop sottes, sans l'avoir forcément lu. Aussi me serais-je lancée avec un minimum de précaution sur la sensualité solaire, dionysiaque sans doute, de son personnage, sur sa révélation des corps jeunes et bucoliques des jeunes garçons, et j'ai donc eu une sorte de sentiment de reconnaissance en trouvant bien Gide tel que je l'imaginais... Rien à voir avec "La Porte étroite", ouvert distraitement, où je n'ai compris qu'au bout de quelques dizaines de pages que j'avais affaire à quelqu'un d'autre que Mauriac... et en considérant la couverture !...

Je mentirais si je disais que toutes les pages, tous les passages présentent un égal intérêt. Le voyage final où le narrateur trimballe son épouse mourante de la Suisse en Italie, avec une frénésie qui confine à l'intention d'achever la malheureuse est d'un ennui consommé, préparé de manière croissante dans les pages précédentes.

La Préface, au début, me paraît étrange : l'auteur prétend qu'il a intentionnellement exalté le personnage de Madeleine et orienté notre désapprobation sur son narrateur. Pourtant, les peintures de la renaissance que sont pour lui le soleil et l'eau, l'air et la terre ne peuvent pas, de prime abord, nous le faire passer pour un dégénéré mais pour quelqu'un qui tente de survivre ! Ce n'est guère que son exaltation de vivre qui va croissante, aux côtés d'une épouse qui devient son propre fantôme, qui donne une impression d'indifférence ; en réalité, sa théorie naturelle, qui voue les plus faibles à la mort, explique (sans justifier) son attitude.

Citations :

  • On a peur de se trouver seul ; et l'on ne se trouve pas du tout. Cette agoraphobie morale m'est odieuse ; c'est la pire des lâchetés. Pourtant c'est toujours seul qu'on invente. Mais qui cherche ici d'inventer ? Ce que l'on sent en soi de différent, c'est précisément ce que l'on possède de rare, ce qui fait à chacun sa valeur ; et c'est là ce que l'on tâche de supprimer. On imite. Et l'on prétend aimer la vie.
  • J'en venais à ne plus goûter en autrui que les manifestations les plus sauvages, à déplorer qu'une contrainte quelconque les réprimât. Pour un peu je n'eusse vu dans l'honnêteté que restrictions, conventions ou peur.