Je ne saurais trop remercier Passeur-X d'avoir lu ma liste-de-souhaits et de m'avoir envoyé ce roman extraordinaire, que les bookcrosseurs m'ont tant vanté !


 Somoza-La-caverne-des-ideesDans l'Athènes de Platon, dont l'Académie fleurit, un des disciples est assassiné. Diagoras, son mentor, fait appel aux talents du Déchiffreur d'Enigmes, Héraklès, pour comprendre comment ce jeune homme a pu s'éloigner et se faire déchiqueter par les loups. Héraklès voit immédiatement que les loups ne sont pas la cause du décès. Un autre jeune Académicien décède, soi-disant de ses auto-mutilations, sous l'effet de l'ivresse, et la piste commence à se préciser...


 En réalité, il y a une polyphonie dans le roman. Le Déchiffreur, c'est Héraklès, c'est aussi le traducteur du roman de Polytexte de Chersonèse (?!), qui ne cesse de faire des notes sur différents passages, raconte sa perplexité, les phénomènes étranges qu'il observe soit dans sa traduction, soit dans le travail du traducteur qui l'a précédé, Montalo, et qui est mort... dans les mêmes circonstances qu'un des personnages... Il a le sentiment que quelqu'un se joue de lui et lui donne à traduire des pages qui ne sont pas originales... De plus, il s'étonne de trouver des passages eidétiques (mélanges de métaphores et d'allégories) liés aux travaux d'Hercule... En réalité, le roman se lit comme un hiéroglyphe égyptien, avec trois sens : littéral, figuré et spirituel ! Mais c'est dans les théories de Platon autant que dans la littérature qu'il faut chercher une clé de lecture. C'est passionnant, un régal !

Pour l'helléniste que je suis, les noms propres sont très bizarres, pour la plupart, mais je me suis obligée à n'en pas tenir compte.

Citations :

  • (...) [J]e t'ai demandé pour la énième fois la raison de ton exil volontaire. Et je me rappelle que tu m'as répondu, pour la énième fois également : "Je veux me surprendre tous les jours."
  • L'eidesis est renforcée par cette image absurde : une jument mangeant de la viande avariée, et dans le jardin de l'Académie ! J'ai été saisi d'un tel fou rire que j'ai fini par prendre peur, et la peur m'a à nouveau donné envie de rire. J'ai jeté les papiers à terre, me suis pris le ventre à deux mains et ai commencé à lâcher des éclats de rire de plus en plus forts, tandis que mon miroir mental me renvoyait l'image d'un homme mûr aux cheveux noirs et aux tempes dégarnies qui hurlait de rire dans la solitude d'une chambre fermée à double tour et presque entièrement plongée dans l'obscurité. Cette image ne m'a pas fait rire mais pleurer : mais il existe un curieux final dans lequel les deux émotions se rejoignent. Une jument carnivore à l'Académie de Plaéton ! N'est-ce pas amusant ? Et, bien sûr, ni Platon ni Diagoras ne la voient ! Il y a une certain perversité sacrilège dans cette eidesis... Montalo dit : "La présence d'un animal de ce genre nous déconcerte. Les sources historiques de l'Académie ne mentionnent pas l'existence de juments carnivores dans les jardins. Une erreur, comme les nombreuses erreurs que commet Hérodote ?" Hérodote !... S'il te plaît !... Mais je dois cesser de rire : on dit que la folie commence par des éclats de rire. (N.d.T.)