Voilà une exposition que j'avais une peur bleue de rater : j'aime le thème et je connais trop mal l'art contemporain, malgré tous mes efforts pour me déniaiser depuis quarante ans que je le fréquente.

cantini-lereve

En réalité, l'exposition était très éclectique, même si les toiles qu'on pourrait qualifier de très anciennes ne pullulaient pas, on va dire que la majorité des oeuvres, picturales ou sculpturales, étaient figuratives ; pas ou peu d'installations.

CsYhy-pXgAA2hyiJ'ai bien aimé les salles du rez-de-chaussée, sur le thème de la nuit, des dormeurs (et notamment des belles endormies !), de la vision nocturne ; j'ai d'ailleurs pris conscience à cette occasion que peu de toiles restituaient bien l'opacité de la nuit, et que l'oeil voit dans la nuit des choses que l'appareil-photo ne peut rendre : créneau intéressant pour la peinture. Une toile de Magritte, peinte en 1926 a attiré mon attention, elle avait des matières en relief (les cheveux avaient été peints/peignés comme au peigne) et un visiteur n'a jamais voulu convenir que ça ne pouvait être une erreur, tant ça n'était pas dans sa manière - et à sa décharge, la toile voisine, de 1964, montre une évolution nette de sa technique.

araignéeLa grande salle étaient impressionnante au point que j'ai cru que j'allais m'assoir immédiatement sur le banc central et passer une heure à tourner sur moi-même en fixant les parois... Très belle araignée (Germaine Richier) aux pattes en crochet... Paysages arborescents, phosphorescents, dont la lumière évoquait celle des fonds sous-marins, des abysses, d'une grande beauté !

Félix-Labisse-Le-Songe-de-Louis-XIII-ou-la-Belle-Martyre-1957-Musée-d-art-moderne-de-la-ville-de-paris-le-rêve-musée-cantiniLa toile de Man Ray (à côté du cinéma diffusant "Un Chien andalou" de Bunuel (à ce sujet, est-ce que les parents pourraient tenir compte de l'avertissement et ne pas laisser leurs enfants devant ?), qu'on voit sur l'affiche, aborde ce qu'on imagine le plus communément dans le rêve, qui sera continué aux étages. Elle est censée figurer la bouche de l'ex du peintre, encore pas remis de sa rupture, mais si l'on regarde de près la toile, on peut arriver à imager un corps féminin à la taille fine posé sur un corps d'homme tronqué qui est à plat ventre... Ainsi le vois-je, en tout cas.

dream machineAu premier étage, domaine du fantasme, entre autres. Visions biscornues, illogiques, effrayantes (un peu commencées au rez-de-chaussée), illusions, illusions d'optiques. J'ai essayé la machine-à-rêves (d'après la Dream Machine de Brion Gysin), mais ça n'a pas marché pour moi. Quel dommage, pourtant, cet éclairage insuffisant ou mal conçu qui a complètement abîmé à mes yeux la toile de Béronneau, en lui infligeant une énorme surbrillance en haut à gauche, alors que son Orphée et les créatures infernales étaient magnifiques !

Le deuxième étage, en dehors d'un incroyable fauteuil sculpté (dans le marbre, semble-t-il), ne m'a pas séduite outre mesure et je n'ai pas cherché à approfondir mes impressions, parce qu'elles n'étaient pas favorables et que je gardais ma mémoire pour ce qui m'avait plus. En fait, j'ai découvert en arrivant que j'avais oublié mon petit carnet rouge... J'ai mémorisé un nom inconnu de moi que j'ai apprécié, dans le même genre que Dali, il s'agit de Félix Labisse : cf. supra "La Belle martyre".

Musée Cantini, rue Grignan, Marseille.