9788897210139_0_0_0_768_75La Carnia est une sous-région frioulane composée d'environ 27 communes. Elle n'a jamais été bien riche malgré le fait qu'elle ait été traversée par d'innombrables commerçants depuis la plus haute Antiquité, mais culturellement, linguistiquement, elle est marquée par tous ces passages.

Par ailleurs, les contes témoignent de leur voisinage étroit avec l'Autriche (plus peut-être que par celui de la Slovénie). En effet, les sorcières de ces trois pays organisaient visiblement un rassemblement intemporel, issu de ce temps difficile à dater pour moi où Carnia, Kärnten et Kast portaient une seule et même ethnie celtique. De nombreux contes donnent à voir ces sorcières, mages, fées supra-nationaux, les différentes masures et grottes, voire palais, sont également peuplés de petites divinités païennes ou élémentaires, Pagans, Salvans, Guriuz, Aganis, Maçarots, Sbilfs...

En outre, les contes de la Carnia se sont enrichis, avec le christianisme, de la présence des saints et de la Madone, voire même du Christ, qui, tel Jupiter dans les Métamorphoses, chemine avec Mercure-Jean-Baptiste et éprouve l'hospitalité des Carniques. Quand tel orco renifle un pauvre enfant égaré dans sa maisonnette où sa femme, telle celle de l'ogre du Petit Poucet, l'a caché, il estime que "ça sent le chrétien". Mais toutes les aventures des saints (assez rares finalement) sentent leur syncrétisme !

On reconnaît donc le canevas de bien des contes indo-européens, tels que les ont reconstitués les frères Grimm, mais pas toujours, loin de là, même. Beaucoup de lieux mystérieux, à éviter, beaucoup de sorcellerie, de vols. Et ce qui est assez étrange, c'est que les voleurs et les parjures, quand ils sont chrétiens et que leurs victimes sont des Aganas ou des Guriuz, ou même des sorcières, ne sont à aucun moment dévalorisés. Quand ils portent des désirs malhonnêtes, ceux-ci peuvent être exaucés. L'inverse, désir légitime de manger, de récupérer son bien, de voir une promesse exaucée, chez des divinités païennes ou des êtres magiques, voire diaboliques, n'est évidemment pas vrai. Les humains sont parfois victimes de l'orgueil, le leur et celui d'un mage, d'une sorcières qui ne contrôlent pas bien leurs pouvoirs ou leurs désirs, et ce sont les saints ou la nature qui réparent les dommages...

Peu de descriptions, mais suffisamment pour recréer des atmosphères qui sont, je dois le dire pour connaître assez bien la Carnia et m'être figuré dans ses détails chacun des lieux nommés, parfaitement bien restituées. Les plats simples, pour ne pas dire frugaux, le plus souvent à base de plantes sauvages et de gibier, qui caractérisent les repas carniques typiques, étaient sidérants d'exactitude.

 Je suis plus dubitative sur les quelques reconstitutions de parler frioulan. Trop de mots usuels m'étaient inconnus, et, consultée, une cousine m'a confirmé que, par exemple, personne ne dit "von" (avunculus ?) pour désigner un oncle, mais "barbe", comme je le pensais. Qui a raison ? "Von" est-il frioulan et non pas carnique ou, au contraire, on parle désormais plus "frioulan" en Carnia que dialecte carnique ? Le mois ne s'achèvera pas sans que j'aie ma réponse !

Lu en italien.

Citations :

  • Prende in braccio il piccolo Ninetto ormai crollato e si avvia sulle scale di legno cigolanti, segito a ruota da Luigi, Enrico e Aldo, che non vedono l'ora di andare tutti assieme a dormire nel lettone dei nonni, dove Maruf, Salvans, Aganas, Mazzarots e l'Omenut di Cjanal non faranno più paura nell'abbraccio ruvido delle lenzuola, che profumano di lavanda et gelsomino.
  • Guarda che vetta imponente, come sono massicci i suoi fianchi e come è slanciata verso il cielo la sua cima. Signore, questo è un posto incantevole ! La tua mano misericordiosa si è posata anche si queste rocce aguzze e sui desolati ghiaioni ed hai fatto sbocciare splendide campanule papaveri dorati, raponzoli violetti, fiori che hanno catturato i blu del cielo e l'oro del sole. Sono incantevoli ! Non finirai mai di stupirci con la bellezza della natura che ci circonda. Grazie, Signore, anche per gli occhi che mi hai donato, che mi permettono di poter godere di queste meravigle". Così andava pregando il Santo di Tours, mostrando gratitudine per il suo umile lavoro di pastore. E guardava benevolo le sue caprette silenziose, che brucavano felici su quei pendii montani.
  • I due uomini raggiunsero la casera, accesero un bel fuoco e la spoglia cucina s'illuminò come una reggia.
    Dopo essersi ristorati con una polenta fumante, un bel pezzo di formaggio e diversi boccali di vino - si sa che un bicchiere tira l'altro - i due compagni si coricarono in branda che quasi albeggiava. E, quando si alzarono, purtroppo era giorno fatto : troppo tardi !