La-servante-ecarlateA la fin du XXème siècle, l'environnement pollué, les multiples épidémies ont gravement obéré la fertilité des caucasiens des Etats-Unis. La dictature gileadienne, une sorte de théocratie s'inspirant de certains épisodes de l'Ancien Testament et de quelques anecdotes de l'Utah, a permis l'oppression des femmes pour les contrôler, elles et leur fertilité, et leur imposer des rôles d'épouse, de servantes ménagères ou de servantes obstétriques, sorte d'"utérus sur pattes", comme dit l'héroïne, Offred.


C'est sur le conseil d'une collègue, douloureusement frappée par cette lecture, que j'ai fait remonter de ma pàl ce roman, paru pourtant il y a longtemps, et que je ne ressentais aucune urgence à lire. Elle me disait qu'elle craignait qu'on y arrive, Y. aussi (mais il n'a vu que le film).

Après l'avoir lu, et même pendant la lecture, je n'ai eu que très rarement cette impression. Pourtant, je reconnais que les moeurs se sont durcies ; les Lycéennes d'aujourd'hui acceptent des pressions sur leur vie privée que moi, pourtant pas la plus extrême des affranchies, j'aurais prises de très haut et que j'aurais bravées impétueusement.

La fertilité de mes contemporains est également affectée par l'environnement et les produits phyto-sanitaires, voire additifs de l'industrie agro-alimentaire.

En outre, les tenants d'une société bancarisée piaffe depuis des années, le dossier de la disparition de l'argent liquide et non fiduciaire à la main ; on sait à quel point nous serons contrôlés et même brimés, de manière ciblée ou générale, dès que ce sera effectif. Le roman offre une piste : à peine offerte aux femmes, l'autonomie bancaire leur sera non seulement fermée mais elles ne pourront même plus posséder d'argent. Atwood pousse ce qui existe déjà (le peu de valeur du travail féminin, la difficulté à capitaliser, à posséder) à l'extrême (gratuité complète de leurs services comme de leur personne, dénuement).

Mes illusions des années 80 se sont estompées : la raréfaction des femmes en Inde, voulue par la généralisation des échographies suivies d'avortements, aurait dû à mon sens donner de la valeur aux femmes, à leur consentement. J'ai découvert que la violence à leur égard s'en était accrue ! Ainsi, "face à moi", Atwood a été bien plus perspicace, percevant que la rareté des femmes fertiles dans le futur ne ferait pas d'elles des reines de la ruche, mais des esclaves.

Les récentes théocraties qu'on a vues dans l'Iran des mollahs, dans l'Afghanistan des talibans par exemple, ou, en mineur, le célibat interminable des hommes pauvres en Egypte, nous ont montré que des sociétés pouvaient contenir la frustration sexuelle inhumaine de ses couches les plus pauvres, ménageant des échappatoires ultra-discrètes pour les classes les plus aisées.

Tout cela, je le concède bien volontiers à l'autrice, ce qui me met dans la posture de l'obstinée qui reste sur son intuition. Je ne crois pas les femmes d'aujourd'hui à l'avant-veille de se faire engrosser tête sur la vulve d'une femme stérile par son mari. Ce dernier saura toujours se payer des mères porteuses ici ou ailleurs sans que cela ne tyrannise son mode de vie ni son rapport avec les femmes. Je crois qu'il y a des pistes explorées dans ce roman, désormais ancien, qui sont d'excellentes intuitions, mais le cauchemar relaté dans cette dystopie même pas affriolante (quoique les goûts soient si variés que je ne parle que pour moi) n'est globablement pas ce qui nous attend, j'en suis certaine !