il_794xNAllée le voir pour accompagner des amis, je ne l'ai pas regretté ; si je m'étais souvenu que Michel Leclerc était le réalisateur de La Lutte des classes, j'aurais eu bien plus confiance encore pour le bon moment d'intelligence et d'humour à passer.. J'admire toujours l'aisance des musiciens professionnels avec la composition et l'arrangement musical et ici, il y avait même du travail sur les textes intéressant. L'explication du titre : notre capital, nos acquis artistiques, ce qui nous fait dire qu'une chanson, une production artistique est plaisante, et la façon dont le goût peut évoluer, les critères s'assouplir ou se rigidifier. Beaucoup de musique (de Jérôme Bensoussan, entre autres, mais il est à noter que le réalisateur y a mis sa patte, ce qui est significatif à mes yeux, d'ailleurs, voici son interview, très intéressante), pas toujours de mon goût, mais de beaux arrangements et de belles voix, soit académiquement, soit de caractère. On a aussi une petite satire du milieu musical (ah, les interventions de François Morel, Philippe Rebbot et Artus !) et du snobisme bo-bo. En y réfléchissant bien, il y a une parenté de thème comme de schémas entre les personnages avec le film d'Agnès Jaoui, Le Goût des autres.

Marcia (Rébecca Marder, radieuse), chanteuse en début de carrière, vit avec Ivry (Eye Haïdara), sculptrice un tantinet snob, qui vient d'obtenir une commande qui la sortira de l'anonymat et du besoin, sur sa péniche, malgré les coûts prohibitifs des quais de Seine dans Paris. La première a une admiration qui résiste à la mauvaise humeur et aux cyclothymies d'une chanteuse oubliée, Daredjane (Judith Chemla), et se propose de la remettre sur le devant de la scène en composant un album avec elle. Hélas, cette dernière, pour des raisons inexplicables, se jette du haut d'un pont pendant la nuit. L'album peut cependant être considéré comme achevé mais l'absence de contrat signé fait dépendre d'Anthony (Félix Moati, excellent), le petit-neveu de la chanteuse et son ayant-droit, la sortie de leur album. Plusieurs obstacles de taille : Daredjane était fâchée avec sa famille, qui n'aimait pas sa musique, au point qu'Anthony ignorait tout du répertoire de sa parente... Lui chante dans des karaokés et ne voit, dans un premier temps, que les sommes incroyables qu'il y a à gagner, par rapport à ce que son travail lui rapportait.

A travers le personnage d'Anthony, on a une belle évolution, à la limite de la vraisemblance, non pas sur le goût (il suffit souvent d'un peu de temps et d'éducation pour le révolutionner) mais sur la façon de voir l'argent ; il y a pourtant une belle cohérence dans son personnage : l'art de la souplesse et du compromis, une certaine empathie. Ce qui peut être un défaut quand il devient complaisance, mais qui est souvent une qualité dans le texte, Marcia ne l'a finalement pas : puriste, pure, entière, fidèle, peut-elle se fixer dans une relation, dans une carrière, dans un lieu...?

Bande-annonce (attention, presque tout y est...).