M02246857368-largeDes années après, je retrouve avec plaisir Vernon Subutex que j'avais abandonné tout en bas de l'échelle sociale, dans une précarité affreuse. Un peu l'alcool, la drogue, les privations, la découverte que toute vie est une vie, Vernon ne parvient plus, même quand ses lâcheurs d'amis viennent l'en supplier, à quitter les Buttes-Chaumont et le parc où il s'est fait un coin relativement agréable. Or, il y a du nouveau dans son entourage, la diffusion dans leur cercle d'une VHS d'Alex Bleach provoque une catastrophe...

J'ai été étonnée de ce tome : au contraire du premier, où il y a une profusion de personnages et de lieux différents, on se stabilise autour du parc où zone Vernon, au point qu'on pourrait peut-être en faire une adaptation théâtrale (je le dis vite, je n'y ai pas longuement réfléchi) et peu de nouveaux personnages apparaissent, on suit ceux qu'on connaît déjà. S'ensuit ce que j'aime déjà beaucoup : des portraits statiques et en mouvements taillés au scalpel (lancé à la volée, le scalpel) qui donne envie de tout noter au point que je n'ai presque rien noté ! Je soupçonne que Virginie Despentes qui a peut-être ambitionné de faire sa Comédie humaine a restreint malgré tout la recherche du réalisme, pour s'en tenir au réalisme psychologique et systémique, à la satire du milieu du show-business et de l'édition. Pas de polyphonie stylistique, tout le discours narrativisé se fait en langage familier, syntaxe relâchée et on a des scènes de groupe, eût-il plusieurs têtes comme une hydre, assez homogènes. Un leimotiv sur l'impossibilité que la situation dure toujours parcourt le roman, auquel j'hésite à donner une interprétation, m'a paru habile pour ficeler l'ensemble. On comprend qu'il y aura une suite, car Aïcha et Anaïs... La poésie de la fin m'a un peu fait penser aux Furtifs d'Alain Damasio, et l'utopie.

Beaucoup d'humour qui tient à du comique de personnage, de situation, une sens de la sentence bien frappée et une fois happée, je n'ai plus pu lâcher ce roman... Pour la petite histoire, je l'ai oublié dans la salle d'attente du garagiste, eh bien quand je m'en suis rendu compte le soir, je n'étais pas à prendre avec des pincettes : une véritable crise de manque !

Citations :

  • Le mec était tellement détruit psychologiquement qu'il refusait de dormir dans un lit. Quelle tristesse. Et le concert de louanges à son sujet, après son départ, et la poésie et la liberté - comme si tous ces imbéciles ne voyaient pas ce que c'était : un pauvre mec qui a perdu la boule, et c'est tout. Ils voulaient en faire un Rimbaud alors que c'était juste un vieux cas social.
  • Ils sont une vingtaine à se rassembler là, tous les jours, une horde de préretraités - il n'y a pas que des obsolètes, dans le tas, mais la moyenne d'âge, quand même, c'est des ancêtres.
  • Encore un groupe avec lequel il s'est fâché. Il est une tête de con. Quand quelque chose lui convient, il faut toujours qu'il s'arrange pour s'en exclure. Il se saborde.
  • Charles ne rate aucune occasion de voir Sylvie. Ce n'est pas qu'elle est à son goût, c'est au-delà de l'attraction physique, dès qu'elle ouvre la bouche, il est suspendu à ses lèvres. Quand elle s'énerve, il lève les yeux au ciel en balbutiant mais c'est pas Dieu possible, ce n'est pas Dieu possible, enchanté de la voir si vulgaire.

Série Vernon Subutex :

  • tome 1
  • tome 2 (cf. note ci-dessus)
  • tome 3