argentDix-huitième tome des Rougon-Macquart, ce roman revient à Aristide Saccard, né Rougon, qu'on a déjà vu opérer des opérations immobilières, des constructions hausmaniennes du 2nd Empire, dans La Curée. Ruiné, il va connaître à nouveau le succès après avoir fondé La Banque Universelle, destinée notamment à financer des entreprises au Moyen-Orient.

Ces entreprises, c'est l'ingénieur Hamelin, honnête catholique pratiquant, qui rêve de rendre au Saint-Siège la ville de Jérusalem, qui va les fonder et prospecter. Sa sœur Caroline va se laisser séduire, sans véritable passion réciproque, par Saccard et prendre à cœur, malgré elle, les intérêts de ce dernier. Mais elle n'est pas au bout de ses désillusions ; elle ne sera pas non plus la seule...


Zola illustre la place importante que prend la finance, l'abstraction monétaire, dans le cours des vies et les fortunes des familles. L'argent a une odeur, l'argent salit, les spéculations contre les vies ne sont pas de pures abstractions, elles sont nuisances volontaires ; l'argent peut aussi construire. Zola, même s'il donne la parole à Karl Marx, via Sigismond Busch, qui le traduit, ne s'attarde pas très sérieusement à la peinture d'un monde sans argent. Hamelin est la preuve qu'on peut spéculer honnêtement : un titre ne doit pas excéder la valeur véritable, une entreprise ne doit pas se réserver ses propres titres, encore moins derrière des prête-nom.
Dès le début du roman, à travers la princesse d'Orviedo, qui vit dans la mortification et fait construire de véritables palais aux pauvres avec l'argent gagné en Bourse par son défunt mari sur la vie des honnêtes gens, Zola avertit qu'on ne peut s'enrichir de manière démesurée et honnête, et que tout se paie(ra)...

Citations :

  • Et Saccard, qui, dans ses terribles appétits, faisait encore la part de l'amour désintéressé de l'argent, pour la puissance qu'il donne, se sentait pris d'une sorte de terreur sacrée, à voir se dresser cette figure, non plus de l'avare classique qui thésaurise, mais de l'ouvrier impeccable, sans besoin de chair, devenu comme abstrait dans sa vieillesse souffreteuse, qui continuait à édifier obstinément sa tour de millions, avec l'unique rêve de la léguer aux siens pour qu'ils la grandissent encore, jusqu'à ce qu'elle dominât la terre. (portrait de Gundermann)

  • Au sortir du bain, il venait de passer un élégant costume de flanelle blanche, la peau fraîche et embaumée, avec sa joie tête de fille, déjà fatiguée, les yeux bleus et clairs sur le vide du cerveau.(portrait de Maxime)

     

    J'ai lu jusqu'ici : La Fortune des Rougon (1871) - La Curée (1872) - Le Ventre de Paris (1873) - La Conquête de Plassans (1874) - La Faute de l’abbé Mouret (1875) - Son Excellence Eugène Rougon (1876) - L’Assommoir (1877) - Une page d’amour (1878) - Nana (1880) - Pot-Bouille (1882) - Au Bonheur des Dames (1883) - La Joie de vivre (1884) - Germinal (1885) - L'Œuvre (1886) La Terre (1887) - Le Rêve (1888) - La Bête humaine (1890) - L’Argent (1891)

    Il me reste à lire : La Débâcle (1892) - Le Docteur Pascal (1893).